Grossesse: pouvez-vous licencier une salariée qui vous en informe tardivement ?

Par
Cécile Derouin
8 juillet 2026
5 min

Une salariée vous informe tardivement de sa grossesse, alors même qu’elle occupe un poste à risques : pouvez-vous la licencier pour cela?

La question est loin d’être théorique. Dans un arrêt du 3 juin 2026 (Cass. soc., 3 juin 2026, n° 24-22719) la Cour de cassation apporte une réponse particulièrement protectrice : l’information tardive de la grossesse ne constitue pas une faute grave, même lorsque la salariée s’est exposée à un risque pour sa santé.

Plus encore, la Haute juridiction rappelle qu’un licenciement fondé, même partiellement, sur la grossesse est entaché de nullité.

Une information tardive de la grossesse peut-elle constituer une faute grave ?

En tant qu’employeur, vous pourriez considérer qu’une salariée qui vous informe tardivement de sa grossesse vous empêche de mettre en place les mesures de protection adaptées, notamment sur un poste à risques.

C’est précisément la situation jugée par la Cour de cassation le 3 juin 2026. Une salariée, exposée à des produits chimiques, avait informé tardivement son employeur de sa grossesse et avait été licenciée pour faute grave.

La Cour de cassation a tranché sans ambiguïté la situation : ce comportement ne constitue pas une faute grave, même si la salariée s’est exposée à un risque pour sa santé (Cass. soc., 3 juin 2026, n° 24-22719).

Une simple faculté d’information pour la salariée

Contrairement à une idée répandue, la salariée n’a aucune obligation de vous informer de sa grossesse.

Le Code du travail est clair : une salariée n’est tenue de révéler son état de grossesse que si elle souhaite bénéficier des dispositions protectrices associées (art. L. 1225-2 du Code du travail).

Concrètement, cela signifie que :

  • vous ne pouvez pas reprocher un retard d’information ;
  • vous ne pouvez pas exiger une déclaration à une date précise.

Même dans un environnement à risques, cette information reste une faculté, et non une obligation.

Par ailleurs, la salariée peut passer par le médecin du travail pour bénéficier d’un aménagement de poste sans révéler sa grossesse (art. L. 4624-3 du Code du travail).

Votre obligation de sécurité reste entière

L’arrêt du 3 juin 2026 rappelle un point essentiel :  l’absence d’information ne vous exonère pas totalement de vos obligations.

En tant qu’employeur, vous êtes tenu d’une obligation générale de sécurité (art. L. 4121-1 du Code du travail)

Vous devez notamment :

  • évaluer les risques professionnels ;
  • informer les salariés des dangers, y compris chimiques ;
  • mettre en place des mesures de prévention adaptées.

Autrement dit, la protection de la santé ne repose pas uniquement sur la déclaration de grossesse.

À noter toutefois : votre responsabilité pénale n’est pas engagée tant que la salariée ne vous a pas informé de sa grossesse (Cass. crim., 26 novembre 1985, n° 83-93304).

La grossesse : une protection forte contre le licenciement

Vous devez garder à l’esprit que la salariée enceinte bénéficie d’une protection renforcée.

Le Code du travail interdit de rompre le contrat de travail d’une salariée en état de grossesse médicalement constaté, sauf faute grave non liée à la grossesse ou impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger (art. L. 1225-4 du Code du travail).

Mais surtout, la jurisprudence rappelle un principe essentiel : tout licenciement fondé sur la grossesse, est nul ( art. L. 1132-1 et L. 1132-4 du Code du travail).

Dans l’affaire du 3 juin 2026, le licenciement a été jugé nul car il reposait, au moins en partie, sur la grossesse de la salariée. 

infographie sur la protection relative et absolue de la maternité : avant le départ en congé, pendant le congé et au retour de congés

Un motif « contaminant » qui rend le licenciement nul

L’apport majeur et inédit de l’arrêt du 3 juin 2026 tient à la notion de motif contaminant.

Si le licenciement repose, même partiellement, sur la grossesse, il est entièrement nul, même en présence d’autres griefs disciplinaires comme dans le cas présent. 

C’est une extension de la jurisprudence relative aux libertés fondamentales (comme la liberté d’expression ou vie privée), désormais appliquée à la grossesse. 

Pour vous, cela implique une vigilance accrue :

  • analyser précisément les motifs du licenciement ;
  • éviter toute référence, même indirecte, à la grossesse ;
  • sécuriser juridiquement vos décisions disciplinaires.

L'enjeu indemnitaire est majeur : la  nullité vous expose à une réintégration de la salariée avec maintien de rémunération jusqu'à la réintégration et pour la période antérieure, ou à une indemnité au moins égale à six mois de salaire.

infographie sur le licenciement irrégulier, sans cause réelle et nul- En cas de licenciement même partiellement lié à la grossesse le licenciement de la salariée est nul

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FAQ

Une salariée doit-elle obligatoirement informer son employeur de sa grossesse ?

Non, cette information est facultative et ce même si elle travaille sur un poste à risques. 

Un licenciement peut-il être partiellement fondé sur la grossesse ?

Non, même partiellement, cela entraîne la nullité du licenciement.

L’employeur reste-t-il responsable en cas de risque ?

Oui, au titre de son obligation de sécurité, mais pas pénalement sans déclaration préalable.

Peut-on licencier une salariée enceinte ?

Oui, mais uniquement en cas de faute grave non liée à la grossesse ou d’impossibilité de maintien du contrat.

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